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Dès le début de ce mois de Juillet 1984 il nous faut
rebondir après une année favorable à l' hôtel le Galibi;
Les 6 derniers mois, Rachel qui avait pris les rênes de l'
hôtel avait assis sa réputation de bonne cuisinière et nous formions tous les 3
- avec Quinette sa fille - une bonne équipe. Mon activité complémentaire de
Chirurgien Dentiste et le petit bureau de Tourisme transféré dans le petit
hall, antichambre du cabinet, me conféraient un statut particulier dont il
fallait tenir compte.
Nous avons trouvé une maison relativement neuve à louer au
PK 4 route de St. Louis dans la propriété de Monsieur Devilliers, cette maison
ayant été aménagée avec un toit de tôle abritant une terrasse en parquet, l'
ensemble ayant voulu être un restaurant mais le "métro" qui s'était
lancé dans cette entreprise avait vite fait faillite et laissé la nature
reprendre ses droits, ce qu' elle fait très rapidement sous ce climat
guyanais..
La Balaté>>>
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EXTRAIT de la carte
de LA GUYANE.
La petite rivière tracée en bleu au niveau de cette flèche est
la Balaté qui se jette dans le Maroni après être passée sous le pont de la
route de Saint Jean.
Tout de suite à droite, la tache jaune est le petit village
de St. Louis sur le bord du fleuve, en face de l'ilôt des lépreux et la grande
île de la quarantaine
Si vous suivez la route, à gauche l'impasse qui se termine
sur la Balaté est le chemin du restaurant le Carbet, en continuant la route il
y a 3 villages indiens et enfin le camp de Saint Jean, la distance entre la
capitale St. Laurent et le camp étant d'à peine 20 kms.
Sur le bord du Maroni, en face le dernier village indien,
sur la rive de l’île Portal qui fait face au Suriname, vous pouvez visiter les
vestiges de la construction de l' hôtel qui m'a causé tant de soucis avec les
malversations de G.Z. en prime.
Enfin la maison de Léon Bertrand a été construite, cette
année là, sur cette même rive du Maroni
juste à l' entrée de St. Louis.
Regards sur l' environnement : La ville de Saint Laurent à cette époque vit
encore dans le souvenir du bagne qui avait été la raison de sa création un
petit siècle avant et de son développement grâce à la main-d'oeuvre gratuite et
qualifiée fournie par les condamnés. A la différence des autres D.O.M., la
Guyane est le seul territoire où le racisme anti-blanc ne se fait pas sentir ... c'est le seul pays dont les habitants
avaient des "esclaves" blancs... Le bagne est supprimé
depuis 35 ans mais les bâtiments sont encore tous debout, plus ou moins
squattés; les plus beaux ayant été achetés par les guyanais, riches maintenant
de la location de leurs appartements aux fonctionnaires métropolitains ou grâce
aux échanges avec le contingent militaire encadrant le Service Militaire Adapté
destiné à donner un métier aux jeunes gens des Antilles voisines et contribuer
a la mise en valeur du pays, but initial donné aux bagnards ...
Un autre aspect à noter qui se résume dans la réflexion d'
un "vieux blanc"; Monsieur
Marsolle - 83 ans -, propriétaire d'une des dernières distilleries encore en
activité avec comme source d'énergie de secours pour pallier aux insuffisances
de l'usine électrique de la ville, thermique et poussive, une vieille 403
bloquée sur un plan incliné et dont le moteur fait tourner les poulies avec les
énormes courroies comme dans mon enfance les machines à battre des fermes du
Poitou ; "Avant l'arrivée de la Sécurité Sociale il y avait 47 cheminées,
Monsieur !" et c'est la vérité, il ne reste plus que 2 distilleries dont
celle d'un émigré de Poitiers qui m'avait fait goûter de son vieux rhum à mon
arrivée fin décembre 81 au cours d'un dîner pour fêter un "Pays". 2
ans après il a arrêté sa production et est rentré, laissant tout à l'abandon.
La Sécurité sociale avait frappé, obligeant les petits artisans à déclarer
leurs employés. Les seuls qui s'en sortaient financièrement étaient les
agriculteurs soutenus par le plan vert, énième plan de développement inventé
par l'Etat qui abreuvait de subventions des gens plus ou moins sérieux qui se
lançaient dans l'élevage avec des brésiliens non déclarés comme employés! En 83
il y eu un plan chevrettes, création de bassins d'eau douce pour l'élevage
industriel d'une espèce de langoustine importée du Brésil. J'ai visité des
parcs en activité à la ferme des Coustant, métropolitains de la race des
pionniers du Far West particulièrement attachants et c'était une réussite. Le
problème était la vente et l'Etat n'y avait pas pensé... Mon
"associé" GZ était partant pour toutes les subventions et son
meilleur plan était le syndicat des éleveurs dont il était président - et peut-être
trésorier - ce qui lui avait permis de négocier des assurances sur mesure pour
l'élevage des "Zébus", sorte de vaches ultra résistantes recommandées
par le plan vert de 1976, qui faisaient des veaux qu'il suffisait de marquer
avec la boucle d'oreilles réglementaire pour toucher la prime et, si le veau
mourrait par manque de soins ou de la faute à pas de chance, l'assurance
payait! J'ai raconté dans un autre chapitre l'essai de creusement du bassin à
chevrettes sur Portal...
Regards sur la Ville : Nous sommes passés du Boulevard Malouet -
Hôtel le Galibi - au cabinet dentaire, Avenue du lieutenant-Colonel Chandon et,
du pas de ma porte, le matin je vois
passer une marée noire d'enfants pimpants avec des noeuds de rubans dans les
cheveux, ils vont à l'école maternelle au carrefour suivant ou à l'école
Léopold Heder plus près du port, avenue de la Marne. Ils viennent des villages
Toto ou Roche bleue, regroupements de baraques sur pilotis au bord du fleuve, à
deux pas de là, 100 mètres de l'Hôtel de Ville qui se dresse fièrement de
l'autre côté de ma rue. Ce sont des enfants Bosh et Bonis, deux ethnies de
"noirs marrons" qui sont maintenant les rois du fleuve et du
transport en pirogue vers le haut Maroni. Lisez la documentation touristique et
laissez moi vous décrire le flot bien sage, le matin, de quelques milliers de
gosses heureux de vivre et d'aller à l'école. Il y a dans les différentes
écoles primaires et le cours complémentaire de St. Laurent, 6000 élèves, et Quinette est
en 4ème depuis janvier, bonne élève puisqu'elle aura des félicitations avec un
beau tableau d'honneur à la fin du trimestre. Les enseignants forment un petit
monde d'anciens, titulaires qui habitent la ville depuis plusieurs années, et
des instits de passage qui touchent un meilleur salaire que les débutants en
France mais ne resteront pas l'année suivante. Remarque qui se veut objective
mais non critique, lorsque Quinette passera le bac après les deux dernières
années au collège de Cayenne, le cours complémentaire ne pouvant la pousser que
jusqu'en 3ème, elle sera la seule de St. Laurent à le décrocher...Elle avait
pourtant de charmants professeurs qui étaient devenus nos amis. Dans cette
catégorie de fonctionnaires qui fait vivre la ville, il y a les agents de la
DDE, de L'EDF, de la Mairie dont le personnel est pléthorique et d'origine
guyanaise en majorité, la sous-préfecture avec un grand turn-over de cadres, et
un fort contingent de métros sans emplois, à la limite de la clochardisation,
qui font des petits boulots et vivent dans des cabanes. Les guyanais de souche
travaillent à la Gifom, scierie encore en activité dont le directeur, Pétrelli,
sera notre pensionnaire pendant plus d'un an, ou dans les commerces divers
comme Tanon, grande quincaillerie - matériaux qui aura ma clientèle pour la
construction qui va débuter et dont les dirigeants seront nos amis, la fille de
Mitez, la gérante, sera l'épouse de Léon Bertrand, le maire. Voilà dessiné
notre environnement ; comme partout il y a des épiciers chinois, comme
seulement à Cayenne et St. Laurent, un marché Hmongs, asiatiques des hauts
plateaux du Vietnam que la France a déplacés à la fin de la guerre d'Indochine
et qui sont les seuls à être capables de faire pousser des légumes sous ce
climat tropical, nous sommes à 5 degrés de latitude nord!
Regards sur Le Dentiste : il y a un
autre dentiste avec fauteuil pliant de campagne à 3 rues de là mais aussi, à
côté du camp de la transportation, l'hôpital et sa pléiade de médecins qui
depuis toujours soigne les guyanais gratuitement, restes de la
"civilisation" du bagne qui est un des facteurs de l'ambiance
guyanaise dénonçée sur le texte précédent ; c'est l' A.P. - pour administration pénitentiaire - et
non assistance publique, qui paye. Même les briques rouges dont sont construits
tous les bâtiments, très beaux et fonctionnels d'ailleurs, sont marquées du
sigle A.P. En 1980 il y avait encore un dentiste militaire qui venait soigner à
l'hôpital. Donc le client ne sait
pas qu'il faut payer!
Malgré ce handicap je me ferai rapidement –moi aussi- ma
petite réputation et les surinamiens de l’autre rive du fleuve traversaient
pour se faire extraire une dent, je faisais moins mal que l’arracheur de dents
patenté qui sévissait de leur côté !
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Cette
figurine me suit depuis...1960!
Notre nouvelle vie avait nécessité un déménagement
réduit de 5 m3 de meubles divers venant de mon appartement de Drancy,
l’aménagement du restaurant et des 2 pièces du cabinet demandant un « transfert définitif » de notre vie … Mes locations continuent à courir même si mes confrères
profitent de ce tournant pour bloquer toute augmentation du loyer qui
aurait été la bienvenue. Pendant 2 ou 3 mois ce sera la course entre les travaux
et le cabinet mais j’avais pris une assistante « TUC », première
version des emplois jeunes, qui faisait patienter et savait me téléphoner
pour que je vienne faire le dentiste entre deux gâchées de ciment. Je réussirais
même à exécuter, au cabinet :
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Un implant
dentaire, technique des implants aiguilles de Scialom dont nous
reparlerons dans ma biographie-Mémoires. Le piquant de ce travail est que les honoraires
relativement conséquents acceptés par le patient, petit fermier au PK13 de la
route de Cayenne, n'ont jamais été payés. A chaque voyage de
réapprovisionnement pour le restaurant, je m'arrêtais pour demander mon dû et
était fort bien reçu avec boisson fraîche, fromage blanc, en-cas pour la route
mais d'argent, point...après quelques mois, j'ai obtenu le paiement en nature
par échange contre... la selle de Fauve, la jument de Quinette qui ne va pas
tarder à apparaître dans ce récit. Le bridge de 14 dents, entrepris plus tard
avec le prothésiste de Blanc-Mesnil –donc par poste ( !) en 3 voyages - or
blanc + résine, second travail difficile, était destiné à une institutrice
métropolitaine pas encore gâtée par l'environnement puisqu'elle a payé les honoraires
- raisonnables d'ailleurs!.
Encore un instant de nostalgie dentaire, après j'arrête,
promis. J'ai souvent fait des extractions à des "indigènes" si je
peux me permettre ce mot pour désigner des noirs ou des indiens
Franco-Surinamiens habitants sur les rives du Maroni sans préférence de bord,
de frontière. Personne ne leur demande de carte d'identité et ils parlent un
dialecte mélange d'anglais, de hollandais, de Français avec l'accent créole
évidemment. C'est le Taki-taki. Exemple donné par une sage- femme : Pendant les
douleurs de l'accouchement la parturiente hurle : "Mi dédé, mi dédé"
que vous traduisez naturellement par "je vais mourir", de l'anglais
"me dead" = moi mort ! Intellectuel is'nt it? Malgré mes dons évident
pour les langues, je n'ai jamais compris mais ils descendaient de leur pirogue
avec leurs petits sous et ne hurlaient jamais, et je me souviens avec une
petite larme des embrassements de grosses femmes noires qui n'avaient pas eu
mal et dont j'étais le premier contact avec la médecine en général, le fleuve
est long et les voyages rares jusqu'à la ville.
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PK.
4, Route de Saint Jean : La location de la maison de Monsieur
Devilliers a été signée dès que la décision de laisser tomber le Galibi (qui
d'ailleurs ne réouvrira pas et sera loué en 1986, après de longues
négociations, à l'armée comme cantonnement) avait été prise, à la fin Mai. Il
faut vous habituer aussi à l'appellation des adresses postales avec PK= point kilométrique. En Guyane, la route
Nationale 1 va de St. Laurent à Cayenne et il n'y en avait pas d'autres en
1984! Je note sur ma lettre du 30 Mai que le 19 nous avions eu, à l'hôtel, une
délégation des présidents des conseils généraux de France - en voyage d'étude bien
sûr - et je les avais guidé dans la visite du bagne et ensuite, en pirogue,
baignade à Portal autour de mon ponton. C'était extraordinaire ces vieux
politiciens avec le maillot de bain tricoté par Bobonne s'ébattant dans le
Maroni! On ne leur a dit qu'après qu'il y avait des piranhas, pour la couleur
locale...C'est vrai d'ailleurs mais ils ne mordent que les fils de la ligne qui
essaye de pêcher, et là, même le fil acier est proprement coupé. C'est vécu!
Pour terminer avec l'épisode Galibi, grâce aux lettres
récupérées dans le grenier de Plibou car," La mémoire ne date pas!", la semaine d'après
les conseils généraux nous avions la chambre des métiers de Cayenne, la Mairie
de St. Laurent était aussi une bonne clientèle qui nous envoie encore 20
personnes le 14 juin et elle restera une fidèle du restaurant ensuite même si
quelques fois il ne fallait toucher le chèque que sur l'exercice de l'année
suivante, en fin d'année évidemment! Puis-je me permettre un mauvais esprit
maintenant que je cours ma septentaine? Les fonctionnaires de Cayenne, s'ils
venaient en famille, étaient pingres lors de leurs commandes au restaurant du
Galibi ou du Carbet, mais lors d'un voyage de groupe à l'occasion de réunions,
c'était le conseil général ou autre qui payait et c'était la grande bouffe,
tout le plaisir était pour nous! Seul bémol, votre serviteur, qui établissait
la facture devait la faire en 6
exemplaires... Et je n'avais pas encore d'ordinateur, Monsieur Bill
Gates n'était pas né. Toujours sur ce courrier du 30 Mai, je mentionne que la
demande de permis de construire du carbet et de la piscine est fait et que les
gendarmes sont déjà venus enquêter parce que "des rumeurs leur avaient
appris que je voulais ouvrir un restaurant alors que j'étais Dentiste". C'est
Rachel qui les a acueillis en mon absence et vous comprendrez plus tard
pourquoi elle les a très mal reçus, et aussi d'où venaient ces rumeurs! Fin du
Galibi, notre dernier mois a été glorieux et nous a permis les achats
pour............
« LE CARBET »
RESTAURANT ,
Cuisine française traditionnelle
GIBIER LOCAL.
Téléphone :
34.12.02.
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Vous êtes au bar du
« Restaurant le Carbet », le dessus du Bar est une pièce
de bois blond d'un seul tenant avec 7 couches de vernis que j'ai passées
moi-même, le mobilier en général a été fabriqué par notre copain tourangeau qui
a bien travaillé et oublié son mal-être et ses joints de cannabis pendant un
moment. L'ensemble est en différents bois de Guyane dont je ne me souviens que
des noms - bois-serpent ou angélique
qui sont des bois durs mais pas de celui à la teinte chaude du plateau de bar.
Au-dessus vous apercevez la charpente du carbet et le tressage de palmier pinot
qui est le dessous, des palmes sont
posées sur un grillage solidaire par dessus, l'ensemble formant la
toiture qui descend assez bas comme vous le voyez sur la photo aux hibiscus.
Question : comment avoir des hibiscus fleuris pour décorer les tables le soir
sachant que c'est une fleur qui meurt quand la nuit tombe? Réponse : cueillez les fleurs avant midi,
sans la tige, mettez les au frigo et le soir venu, vous les enfilez sur une
nervure de feuille de cocotier (le fil de fer marche aussi mais c'est moins
exotique!) et vous composez votre bouquet...Il sera beau jusqu'au matin.
Recette Rachel, propriétaire associée
de l'établissement. Si vous sortez par la gauche de la photo vous arrivez sur
la piscine dont je vous narre l'histoire. Mes réserves financières sont
sérieusement entamées par le nettoyage du terrain et la démolition de
l'ancienne terrasse, par la construction de la dalle de béton suffisamment
épaisse pour être hors d'eau par grosse pluie - et sous ce climat ce n'est pas
une expression toute faite, - par la construction de toilettes-clients
réglementaires pour être dans les normes de la première étoile - que nous
obtiendrons au bout de 2 ans d'enquêtes (!) et par la rétribution des indiens
dont nous reparlerons plus loin. J'attends les sous de la vente du cabinet
dentaire de Drancy que le locataire veut me racheter dès qu'il aura son
emprunt, accepté mais non versé. Moi j'ai demandé un emprunt pour la
construction de la piscine dans le cadre d'un établissement touristique. Après
différents rendez-vous, à Cayenne(!) je m'entends répondre par le préfet que
"je ne sais pas ce que je veux" et par la SOFIDEG organisme de prêt
que ce n'est pas un projet social ! Refusé.
Rassurez-vous, nous la faisons quand
même.
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Mes Indiens : Loin de moi l'idée d'une
quelconque intervention dans la vie de ces gens que j'ai côtoyés dès mon
arrivée à Portal et dont j'ai gardé un très bon souvenir et cette poterie
trouvée sur le bord du Maroni devant le village du capitaine Mac Intosh, photo
prise dans mon appartement parisien devant un bouquet d'éternelles...22 ans
plus tard. N'oubliez pas le symbole!
Rappelez vous des chapitres précédents, le Solaris à son
ponton et des jeunes métros + un moins jeune, insouciants , peu vêtus et
qui ne connaissaient rien aux pays tropicaux... Nos premiers contacts ont
été autour d'une bière fraîche, sur le bateau, parce-que, indien ou
parisien, la curiosité est la même. Quand nous avons accroché la
pancarte" BAR" dans les haubans ils sont venus en clients ,
trouvant la bière meilleure que leur CACHIRI et nous étions bien du même
avis! Ils nous ont fait découvrir leur village, à 300 mètres en amont du
ponton , les graines de ROUCOU dont la couleur
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vermillon sert à leur maquillage lors des cérémonies
cultuelles auxquelles nous ne sommes pas conviés...Nos relations étaient
cordiales sans chercher à troubler leur vie organisée autour de la chasse, un
peu de pêche et les plantations du manioc qu'il faut ensuite longuement râper,
laver, essorer, chauffer pour qu'il soit comestible.
Mais notre découverte première fut leur habitat : LE CARBET...
L'image de gauche est une carte postale et je n'ai même
pas de photos de notre village indien avec son grand carbet de réunions
dont le toit très pentu touchait pratiquement le sol laissant juste l'air
passer pour la "climatisation". Fabrication uniquement à base des
branches et des palmes coupées dans la forêt, des lianes et quelques clous
pour construire l'ensemble qui donnait l'impression d'entrer dans une
cathédrale en franchissant, la tête baissée à cause des palmes qui
formaient rideau, le passage sans porte. Juste 2 mots sur ces indiens dont
l'enfant ci-contre porte le calimbé, pagne teinté avec le roucou qui était
encore en usage dans les villages du haut Maroni, peu à peu remplacé par le
short Adidas!
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Ce sera le capitaine Mac Intosh l'architecte du Carbet,
notre restaurant en cours de construction, il prendra ses mesures avec une
baguette qui ne mesurait pas 1 mètre, mais c'était son unité de mesure à lui,
et il fournira tous les éléments pour édifier la charpente, la toiture et la
main d'oeuvre évidemment. J'aurai juste un renfort à poser sous un montant
horizontal entre le restaurant et la plate-forme piscine, le petit tronc
d'arbre utilisé ayant tendance à s'incurver au bout d'un an...
Je vous ferai suivre la construction plus tard mais je reviens
sur le village de Portal où les cases des diverses familles étaient toutes sur
le modèle du grand carbet - salle commune mais en plus petit. Chaque famille
avait ses servitudes, cabanes au toit de tôle, sans "murs", les
séparations pour assurer l'intimité d'un carbet étant des panneaux tressés de
lianes ou de palmes. Les seuls parpaings d'un village étaient utilisés pour
délimiter les foyers à même le sol. Les indiens étaient par principe non
sédentaires, leur village pouvait être transféré à un autre niveau du fleuve si
l'abattis qui assurait leur subsistance était devenu stérile ou si la chasse ne
donnait plus satisfaction et à Portal, le village s'était installé lorsque
Tanon était l'occupant de l'île, avant 1975, lors de l'indépendance du Surinam
qui était la cause d'un des premiers mouvements de population. Un document avec
105 noms , dont 3 biffés par M. Tanon, avait été rédigé et remis à la sous-
préfecture en vue de l'autorisation de l'implantation et je suppose de la
demande de nationalité de ces indiens Galibi, nom de leur ethnie, les indiens
du haut Maroni étant des Wayanas, entre autres appellations diverses. L'état
Français sauvegardait ces Indiens par l'interdiction de se rendre sans accord
préfectoral en amont de Maripasoula mais autour de St. Laurent il facilitait
leur regroupement et la sédentarisation dans des villages où il apportait
l'eau, l'électricité et ... le téléphone , une cabine trônant au milieu de la
place du village! Mais dans ces villages, dont 3 exemples existaient sur la
route de St. Jean - dont Terre Rouge et Village Pierre - les beaux carbets de
palmes étaient rares, remplacés par des maisons de bois sur pilotis et toit de
tôle. La relative fraîcheur de l'habitat traditionnel était perdue!
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Retournons
au PK 4, la construction est terminée et les 2 chiens montent la
garde. La forme de la partie carbet - salle de restaurant est trapézoïdale pour
que l'entrée se trouve à peu près parallèle au chemin que vous voyez dans mon
dos quand je gratte un peu la pelouse faite de pieds de plantin transfuges du
bord de la route principale qui est à 80 mètres de là, sur la gauche de la
photo. Entre le petit côté où ne logent que 2 tables et la route, le verger de
Devilliers avec des orangers; citrons verts et pamplemouses dont nous pouvons
prélever quelques fruits sans exagération. Un chemin a été tracé pour rejoindre
le derrière de la maison et le hangar - garage sur ce même côté.
A l'opposé, grand côté du trapèze, le bar borde la petite
surélévation d'origine du devant de la maison et laisse le passage vers la
plate-forme de la piscine, dimensions totales environ 20 m x 15 mètres sur le
même plan que le restaurant qui comme vous pouvez en juger comporte une
douzaine de tables de 4 places. Les piliers sont des poutres à peu près
équarries mais toute la charpente du capitaine Mac Intosh est en bois rond tiré
de la forêt, sans passer par la scierie. Remarquez au plafond une des deux
larges coupes, tressées par les indiennes, qui servent de réceptacle aux
ampoules pour un éclairage indirect. Au bout de l'allée pavée de tranches de
troncs d'angélique (qui pourrirons en une saison des pluies, cette partie du
terrain étant inondée avant notre "mise à plat"), l'entrée piéton est
éclairée par 2 petits lampadaires blanc avec des ampoules puissantes couleur
jaune. Cette combinaison d'éclairage nous a permis d'offrir un confort de
séjour, le soir, sans un moustique ou un papillon, la jolie bougie de table
dans son verre tulipe brûlant les quelques insectes imprudents.
Léger flash-back: Ce mois d'Août 1984 a été une période
éprouvante. J'avais progressivement commandé, acheté et transporté de Cayenne à
St. Laurent le matériel nécessaire au fonctionnement d'un restaurant dont une
armoire- frigo avec les portes en verre, celle de l'Hôtel appartenant au fond
de commerce ( c'était une armoire Coca-Cola !). Début Juillet ma belle armoire
était venue avec moi, 250 kms couchée dans une camionnette...3 semaines de
station debout pour lui remettre les liquides vitaux en place; pendant ce temps
là nous avions terminé les 50 M2 de carrelage du carbet et nous l'avons posée,
en premier, derrière le bar. J'étais au cabinet dentaire et je reçois un appel
au secours, les parpaings qui la calaient venaient de d'effondrer ! Miracle,
rien de cassé, Devilliers était arrivé avant moi pour sauver Rachel, affolée,
et nous reposons le tout sur des tranches de bois "de Guyane"; c'est
plus solide. Quelques jours à attendre et... contact ! Elle a toujours
parfaitement fonctionné ensuite. Le reste des grosses machines, congélateurs,
machine à café, à glaçons, piano de la cuisine complet faisait partie du
matériel que j'avais acheté à la foire de Paris et récupéré pour l'année Galibi.
Le déménagement s'est fait sans problème, GZ - le revoilà, vous vous ennuyiez?
- devait payer 126 000 Francs de la première traite signée pour racheter mes
parts, il a donné : 60 000 ! Je n'étais pas surpris et il m'a permis de
construire ... la piscine.
La Piscine !
Une merveille, une fois finie... mais ce sera difficile. Le trou
avait été creusé par le garagiste qui avait une pelle mécanique en même temps
que la dalle du restau avait été coulée par des brésiliens plus ou moins en
règle (plutôt moins !) que j'allais chercher tous les matins avec la 504
familiale. Avec la saison des pluies, le trou était plein d'eau et j'ai demandé
à un métro (Pichet) qui se voulait entrepreneur de s'occuper de la piscine, il
en avait fait une chez lui ! Le piscinier de Cayenne ne doit intervenir que
lorsque le premier coffrage est fait. Pendant 1 semaine je vois arriver 2
haïtiens avec une brouette pour ... vider l'eau. Je râle au téléphone et comme
Pichet est copain avec Bonnetête qui a déjà monté une cabale avec la première
visite des gendarmes au Galibi, il me renvoie sur les roses. Alors je serai mon
propre entrepreneur avec mes brésiliens. Un employé de la DDE me procure une
bétonnière un dimanche matin, pas la première semaine, il n'y avait plus de
ciment chez Tanon, mais le 2ème dimanche la couche de propreté du fond est
coulée. Toujours avec la 504 j'approvisionne en parpaings et le mur de
soutènement côté prairie monte gentiment un matin. Je reviens déjeuner sans
remarquer que mes 2 ouvriers remblaient la terre qu'ils avaient dégagée et
..... le mur s'écroule!!!! Le soir il est remonté et, on attend que ça sèche.
J'ai terminé mes 4 murs et laissé le piscinier faire le vrai béton-armé
(jusqu'au dents), il faut un double ferraillage pour une cuve de piscine; c'est
un métier! Pichet nous a évidemment envoyé les gendarmes pour vérifier que les
brésiliens n'étaient pas en règle mais comme ceux-ci travaillaient aussi pour
lui dans les mêmes conditions, l'affaire s'est miraculeusement étouffée.
Le
2 septembre 1984 le restaurant "Le Carbet" ouvre .
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et les 2 autocollants qui se sont succédés étaient
fabriqués à Paris au fur et à mesure des changements de situation. Nous avions
eu quelques ennuis lors d’un « collage sauvage » sur des voitures en
stationnement à Kourou… publicité mal comprise…


De l'un à l'autre, il y a quelques points
communs...
Le petit édicule, éclairé le soir, avec le panneau
indiquant le restaurant à l'entrée du chemin de Devilliers, sur la route de
St. Jean est orné d'un "Gai-Luron", (cherchez dans votre culture
bande dessinée,) découpé dans un contre-plaqué et nous y affichons le menu et
la carte. Le chasseur indien qui nous approvisionnait en gibier au Galibi nous
a retrouvé et la maison propose :
Le filet de
boeuf acheté à l'intendance du camp militaire où nous avons nos
entrées grâce à Monsieur O'GILVIE, qui était directeur de la mine de Paul
Isnard et qui, retraité fait encore quelques affaires à travers le télex dont
il est propriétaire avec moi et son "bureau" est au cabinet
dentaire-bureau de tourisme ce qui lui permet de sortir de sa jolie maison un
peu isolée en dehors de St.Laurent. Ce magasin de l'armée était bien achalandé,
la viande congelée venait de métropole ou du Brésil, pour les réveillons nous
avions des huîtres de Marennes parfaites et la consommation de fromages n'était
pas un signe extérieur de richesse.
La Biche
tuée par notre indien et qu'il apporte toujours dès qu'elle est tuée, aussi
bien à 6 heures du matin que le soir, comme Le
Maïpouri sorte de petit boeuf dont la viande est très rouge et
peut-être un peu "molle" mais que l'on accommode en bourguignon ou en
steak.
Le lapin
importé, acheté chez les chinois ou
le Capiaï joli petit rongeur de la même famille que l'on croise sur
les chemins , pelage fauve et petite queue blanche comme les lapins de chez
nous.
L'Anaconda qui
est plus exotique que gastronomique; toujours du même fournisseur ou d'un de
ses copains chasseurs, et une viande blanche, spécialité depuis le Galibi , Le Requin, qui ne dépasse pas 50
ou 70 cm et qui, pêché à l'embouchure du Maroni, est très goûteux sur le gril,
avec sa peau, ouvert et nettoyé bien sûr!
Le Caïman
que je vous gardais pour la bonne bouche. Nous en avons toujours en réserve
puisqu'il doit être relativement facile à attraper - à la main depuis la
pirogue, de nuit -. Je ne vous dirais pas que je l'ai fait mais j'avais mon
petit caïman favori quand nous allions nous baigner dans le lac bleu, petit
étang agréable et désert situé à 3 ou 4 kilomètres de la ville. Il nageait sans
s'effaroucher, les 2 yeux au niveau de l'eau comme une bobine de fil flottante.
Ce n'était que des petits bestiaux comme celui ramassé sur la route de
Paramaribo pendant une saison humide, l'eau passant presque sur la route, le
caïman traversant comme une vulgaire poule de la campagne poitevine s'était
fait heurter par une voiture avant notre passage. Nous rentrions à St. Laurent
et l'engin s'est retrouvé dans la 504 parmi les achats. Je le croyais mort mais
après quelques kms nous avons entendu brasser au fond de la commerciale ! Il a
terminé le voyage sous surveillance de la passagère et Poum Poum s'est bien amusé quand nous
l'avons descendu de la voiture, il n'avait jamais eu de jouet avec de si belles
dents.


à droite Donain et votre serviteur dépouillent un caïman
sous l'auvent à la porte de derrière de la cuisine et sur la photo de gauche un
de nos fournisseurs prépare un petit requin qu'il a apporté, sous la
surveillance de Poum Poum, sur le bord du verger côté piscine.
ET c'est parti.... L'affaire est
lancée.
Les clients de
l'hôtel sont venus relativement vite et les militaires ne pouvaient manquer la
publicité du bout du chemin. J'avais installé, avec les autorisations
nécessaires un autre panneau identique aux 2 entrées de St. Laurent, Route de
Cayenne et départ de la piste de Paul Isnard, juste avant l'embranchement de la
route de St. Jean.
Ces panneaux connaîtront quelques avatars et dégradations
venant de quelques concurrents ou jaloux - autant que je le sache des métros
dont GZ qui s'est révélé champion de la lettre anonyme envoyée de Cayenne le
jour où il revenait de France avec ses pamphlets imprimés sur stencil,
technique à peu près inconnue en Guyane - et aussi celle qui s'est avérée
redoutable, notre voisine du PK 4 dont la terrasse donnait sur l'arrière de la
maison et qui enviait notre "réussite" son médecin de mari âgé de 10
ans de moins qu'elle étant salarié à l'hôpital où elle faisait aussi fonction
d'anesthésiste et leurs revenus ne leur suffisant pas! Circonstance aggravante,
elle avait effectivement exercé en France le métier d'infirmière anesthésiste
avant d'être radiée ! Heureusement nous n'avons jamais eu besoin de soins
hospitaliers, le seul accident étant un coup de pied de Fauve qui m'avait cassé
le bras et j'avais décliné l'offre du chirurgien de service qui voulait me
mettre une broche. Il m'a mis un plâtre et à la radio de contrôle des 15 jours
, les 2 extrémités fracturées du radius, qui n'étaient à l'origine pas
déplacées, se trouvaient en baïonnette. Heureusement la Nature est bonne fille,
je l'ai constaté pendant toute ma carrière et cette fois là, elle a fait des miracles
... J'ai appris plus tard que le chirurgien était aussi interdit d'exercice sur
le territoire français !....
... ------ l'ambiance guyanaise !------
D'après le courrier parental le samedi 22 septembre nous
avons 18 couverts au dîner et nous vendons plus de champagne qu'en 1 an de
Galibi. Ce sera une constante de l'établissement, cette vente de champagne, et
je m'étais fait la spécialité de l'ouvrir au sabre, le petit plus étant que le
coupe-coupe, outil premier du guyanais s'appelle un sabre en langage local. Mon
sabre était effectivement un vrai coupe-coupe à manche de bois dont la lame
s'était cassée à l'usage ce qui me faisait un super poignard idéal pour cet
exercice (et pas dangereux!). Emporté par la gloire j'ai acheté une Renault
Rodéo, carrosserie plastique sur caisse de 4L et nous faisions sensation, les
jours de marché avec les 80 Kgs de mon Poum Poum tassés sur la plate-forme
arrière. Les Hmongs entouraient la voiture et étaient prêts à l'acheter mais...
peut-être comme plat de résistance! La construction de la piscine avance, La
DDASS me fait remarquer qu'elle n'a pas donné son accord mais ma demande a plus
de 3 mois donc...aucunes des demandes administratives que j'ai pu faire pendant
cette période "création" n'ont reçu de refus ou de réponse sauf ...
la demande de prêt.
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Plaquette parue dans le bulletin municipal
de Saint Laurent ....

...de
novembre 1984 dont la photo ci-dessus illustrait la couverture.


et
... Problèmes des indiens de Portal.
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A peu près à cette fin de septembre ou début octobre, mes relations
avec la Mairie se développent, j'investis dans une plaquette publicitaire, un
voyage à Cayenne dans la voiture de Léon Bertrand - l'entraide n'est pas un
vain mot entre gens de bonne compagnie - me permet de mieux connaître et
apprécier ce nouveau Maire, les élections ayant donné lieu a une animation que
j'avais suivie de loin, empêtré dans mes travaux divers et variés. Le RPR avait
vaincu le PSG (G comme guyanais avec un relent autonomiste). La piscine se
termine et la pelouse et autres plantations décoratives commencent à rendre
notre établissement présentable.
Nous pendons la crémaillière :
Nous lançons les
invitations et certains de nos voisins ou connaissances ne seront pas conviés
et malgré leurs actions décrites plus haut nous verrons passer une centaine de
personnes dont une délégation d'indiens capitaine en tête aussi fiers que nous
du résultat de nos efforts communs. Personne ne s'est baigné cette après-midi
là mais nos militaires favoris auront d'autres occasions de dîners bien arrosés
et trempés! Les jours suivants je réunis autour d'un verre M. O'Gilvie, M.
Devilliers et son ami M. Coustans autre petit exploitant agricole, Jean-Claude
le propriétaire du magasin de matériel nautique que nous connaissons depuis le
début et, avec l'accord tacite du Maire qui ne peut pas être partie prenante,
nous créons le CSSCMaroni, Club Sportif et
Socio-Culturel de la région du Maroni.
Que je vous présente mon propriétaire, Monsieur Devilliers. Sa
maison, située au bout du chemin qui passe devant le restaurant, presque au
bord de la rivière Balatté, à une distance de 150 m environ, est du même modèle
que la nôtre et du même âge. Dans son environnement sont construites 4 ou 5
maisons louées en général à des familles de gendarmes ce qui lui fait un bon
rapport. Tout le terrain alentour avec 2 écuries au centre et une partie boisée
de surface indéterminée, plus ou moins marécageuse en remontant la rive gauche
de la rivière fait aussi partie de sa parcelle louée avec un bail emphytéotique
de 99 ans à l'état français. En 84 et 85 son troupeau de vraies vaches
normandes était environ de 10 têtes qui ont été progressivement vendues à la
boucherie. La maison qui est louée derrière la nôtre appartenait aussi au
couple Devilliers mais il était divorcé quand nous l'avons connu et la maison
des charmants voisins Bonnetête était la propriété de l'ex-épouse. Il m'a donné
toutes les facilités pour construire le restaurant, je lui avait fait signer un
bail commercial pour me garantir mais en vieux renard il comptait bien sur une
faillite pour se retrouver avec une maison avec piscine dont il aurait fait sa
résidence principale. C'est de bonne guerre mais il a toujours été
"réglo" et a participé de son mieux, sans investir évidemment, à mes
entreprises. Pendant notre "collaboration" j'ai eu la permission
d'empiéter de 2 mètres sur le champ qui bordait la plate-forme piscine pour
faire une barrière solide de 2m de hauteur avec, côté piscine, des plantes vertes
de fleuristes parisiens, crotons ou autres canas et hibiscus, qui poussent
là-bas comme du chiendent. En deux mois la haie de luxe dépassait la barrière
et était maintenue à la bonne hauteur par les vaches qui tendaient le cou par
dessus, pas pour voir les baigneurs mais pour se déguster un petit dessert.
Curiosité:
Ce champ, en déclivité légère vers la rivière avait juste quelques bambous
alignés au milieu et en fait c'était un ancien cimetière du temps de la
colonisation, un siècle avant le bagne. M. Devilliers m'a un jour signalé une
pierre tombale enfouie sur la berge et nous l'avons traînée avec son tracteur
jusqu'au coin du jardin de rocailles, à l'ombre d'un flamboyant et je l'ai
érigée en totem décoratif. L'inscription : Médecin commandant XXX d'un régiment
colonial YYY. L'année: vers 1830 mais je ne me souviens plus, c'est gravé dans
la pierre !! J'ai un peu caché mon monolithe avec des plantes, les premiers
guyanais auxquels je l'avais montré ayant fait une drôle de tête... Si vous
allez déjeuner au Carbet, cherchez dans le coin à gauche en entrant, pas loin
du poteau électrique.
Autres aménagements:
sur la rive de la rivière, près des arbres, mon mécanicien auto à la pelle
mécanique, qui est aussi un ami à Devilliers, me prépare un "dégrad"
mot typique qui signifie plan incliné pour mettre les bateaux à l'eau, et un
Saramaca, charpentier d'une ethnie de noirs-marrons du fleuve, qui avait
participé à la construction du ponton du Solaris à Portal, travaillant toujours
aussi bien, m'arrange là-dessus le slip-way idéal pour mettre mon hors-bord à
l'eau les jours de balade à Portal. La 504 faisait office de tracteur sauf
lorsqu'il avait trop plu. Avec la Rodéo j'ai davantage utilisé le treuil de la
remorque, je n'avais que 100m pour rentrer le bateau au garage. Mes artistes du
bois de Guyane - les brésiliens et le Saramaca - ont plus tard monté les 3
stalles pour les chevaux dans une des 2 écuries inoccupée, écurie construite en
bois, très aérée mais toutes les ouvertures étaient grillagées pour ... les
chauves- souris qui ont tendance à boire le sang des mammifères, directement à
la source. Il faut le savoir, c'est tout ! Et dernière folie dans laquelle
j'avais entraîné mon cher propriétaire: une caravane de camping récupérée à
Kourou, achetée un peu cher vu la qualité de son plancher mais qui a roulé
jusqu'au voisinage du dégrad, où elle s'est trouvée montée sur cales, plancher
en béton, terrasse en bois tropicaux, douche et sanitaires incorporés à la
terrasse, le tout abrité par un toit de tôles neuves ! c'était le club-house du CSSCM
et je suis persuadé que même 20 ans après, Devilliers en fait toujours une
petite location pour métro de passage attiré par l'exotisme. Il y a bien
travaillé aussi et avait, (si, si...), participé aux dépenses. Notre club house
terminé, le CSSCMaroni offre les disciplines portées sur l'autocollant "A
Saint- LAURENT" où le Carbet et le bureau de tourisme font leur publicité,
la planche à voile – arrivée sur le Solaris en 81 - est disponible, le hors
bord pour le ski nautique prêt à bondir, la piscine qui n'accueille que les
membres du club ou... les clients du restaurant, si bien que, à part une
journée portes ouvertes où les jeunes de St. Laurent ont été invités un
dimanche après-midi pendant un voyage de la patronne du restaurant qui ne
supporte pas plus que ça les "envahisseurs" dans "sa"
piscine. Il est venu une bonne vingtaine de jeunes, en majorité des chinois, et
l'eau bleue qui faisait ma fierté avait une drôle de teinte en fin de journée.
La filtration avait remis les couleurs en place le lendemain matin et nos 6
mètres sur 12 d'eau cristalline avec le jet-stream incorporé sont restés
pratiquement réservés à notre usage personnel, les membres payants de
l'association ayant toujours été virtuels !
Cette fin d'année, le 18 novembre, est marquée par la mort
de Tara, ma chienne Teckel, compagne de mes enfants depuis 1972 environ. Née à
Fort Lamy, au Tchad avant l'indépendance, et rapportée par un ami de pêche et
de vacances à Six-Fours, elle avait 5000 miles de bateau, 15000 km en avion
dans son sac en cabine et autant en soute dans sa cage, à son compteur; connu 3
continents et Gibraltar où les chiens sont interdits et où elle sortait, la
nuit tombée, du bateau, sous mon bras pour aller faire ses besoins d'émigrée
clandestine.
Un autre fait marquant, l'expulsion du village indien de
Portal que j'avais essayé d'éviter quelques semaines avant avec la lettre
reproduite plus haut, adressée au sous préfet, l'aide de Bécu qui avait prévenu
la télé locale RFO mais une fois passée l'action et les assurances
administratives, GZ a obtenu gain de cause et notre surprise a été désagréable
de trouver lors d'une promenade en hors bord, le site désert avec encore la
trace des roues de la pelle mécanique dans le sable, GZ. avait tout fait disparaître,
carbets, foyers ou waters en tôle. Il s'est vanté ensuite d'avoir récupéré la
cloche de "l'église" bâtiment en bois et toit de tôle évidemment peu
résistant. J'espère qu'il y a un Bon Dieu... J'ai retrouvé le capitaine Mac
Intoch plus tard, il avait été déplacé au village des Hattes dont je vous
parlerai plus loin...
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Je ne résiste
pas à vous proposer une page du bulletin municipal de novembre 84 avec ma prose
et mes espoirs, le scan est bien sorti et c'est lisible….

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Le réveillon de la Saint
Sylvestre marque le vrai départ de notre restaurant..
Rémy et sa femme, des amis de Rachel à Drancy, son venus
passer quelques jours avec nous en touristes. Lui est poissonnier et cuisinier
à ses heures et il a mis au point, avec la patronne du Carbet la recette du caïman
à l'armoricaine qui sera la perle de notre carte pendant 5 ans, bien
après l'interdiction de vendre ces animaux protégés par un décret préfectoral
soit-disant écologique pris sans nous demander notre avis, heureusement trop
tard pour nous inquiéter... Le carnaval calme un peu notre entreprise et nous
permet un petit voyage en équateur pour donner un peu de repos à une Rachel
dépressive qui est de plus en plus difficile à vivre et Quinette qui profite
illico de nos démêlés sporadiques . Les meubles de piscine commandés depuis
juillet arrivent en février. Notre environnement est maintenant parfait et
j'essaye de proposer dans ce cadre des soins du corps avec hydrothérapie et
massages suivant les conseils et la technique de M. Petit qui fera quelques
voyages depuis Cayenne pour me former. Malgré un ou 2 essais concluants, une
présentation de la technique à Paramaribo, dans un hôtel, à mes frais, je
n'obtiendrai pas de satisfaction avec ce projet - sauf bien sûr avec les amies
qui ne payaient pas -!
C'est la Guyane,
comme cette lettre de la SOFIDEG de Février 85 qui me réclame 190 000 Francs
d'intérêts en retard sur l'emprunt du projet de Portal ! Heureusement, j'avais
une lettre de Janvier 1984 spécifiant que j'étais délivré de cet emprunt...
Autre sujet de satisfaction, je vais réussir à vendre le Solaris. Entretenu
depuis son départ de Portal par François et Caroline sa femme qui sont sur le
bateau qu'ils ont construit eux-même, depuis avant notre arrivée et qui vivent
de petits boulots, ils ont essayé le charter à Cayenne ou Kourou avec le
Solaris, sans succès évidemment, mais lorsque arrive l'expert envoyé de
Martinique par l'acheteur pour témoigner de l'état du bateau, tout se passe
bien et en avril arriverons deux jeunes gens, skippers chevronnés délégués par
le nouveau propriétaire pour convoyer le Solaris jusqu'à Deauville. J'avais
proposé de conduire moi-même mon bateau à Cayenne et de le mettre sur un cargo
pour la France mais notre parisien a choisi une autre solution. Nos deux jeunes
nous ont offert un déjeuner-promenade à bord pour une prise en main rapide et
ils appareillent le 14 mai. Le 3 juin ils me signalent leur arrivée à Saint
Barthélémy, ensuite la Martinique, périple que j'avais projeté avant la
traversée de 81... Il y a un siècle...(5 ans)! Adieu mon beau bateau. Epilogue
de cette vente qui me tire une épine du pied, nos navigateurs vont traîner à la
Martinique en attendant un canot de sauvetage indispensable à l'équipement du
bateau mais en profiteront pour faire du charter à leur bénéfice et au grand
dam du Solaris qui sera martyrisé. Ils feront la traversée de retour trop tard, sans organisation et arriveront
à Deauville en Novembre après avoir cuit du dauphin avec du gas-oil à
l'intérieur du bateau, leurs provisions étant épuisées ! Je l'ai su par
l'acheteur que nous avions rencontré précédemment à Neuilly pendant un voyage
d'été dans notre banlieue nord.
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4 Photos du marché des hmongs à St. Laurent.
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En mars le chiffre d'affaires du restaurant atteint les 5
millions d'anciens francs, chiffre remarquable dans ce récit (si vous avez lu
le chapitre précédent). Il faudra que je quantifie ces sommes une bonne fois,
mon réflexe premier étant de parler en anciens francs supprimés en 1960 mais
mes clients de cette époque ne se sont jamais habitués aux nouveaux francs
- 50 000 Francs en l'occurrence -
que l'on doit traduire maintenant en 7622,45 Euros (€) ! En résumé nous
tournons, entre le cabinet et le carbet, autour de 9000 € par mois de
recettes ce qui crée des jalousies bien évidemment et me laisse rêveur avec
mes 5000€ de retraite, par trimestre, actuels.
Pour sourire :
cette année là, comme dit la chanson, la banque de St. Laurent située dans le
centre historique c'est à dire au bord du fleuve entre sous-préfecture et
mairie, a été victime d'un hold-up. Les bandits sont venus et repartis EN PIROGUE.
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Mais
il manque un élément des pictogrammes de l'autocollant : Les CHEVAUX .
Entre Cayenne et Kourou, là où les loisirs des guyanais
d'origine et les métros bien payés du centre spatial devraient être au top,
nous avions sympathisé lors d'une présentation de chiens, (manifestation comme au bois de Boulogne ou
presque !) où Poum Poum et Tara défilaient l'un derrière l'autre avec un succès
certain, avec le propriétaire d'un manège d'une quinzaine de chevaux qui ne
faisait pas fortune et nous en proposait 2 à l'achat.
Là c'est de la compétence de Devilliers, exploitant agricole
de son état.
Nous visitons donc,- Quinette sensée connaître les chevaux
puisqu'elle a travaillé pendant des vacances dans un centre hippique de Senlis
- elle avait 11 ans - M. Devilliers et moi-, le manège et choisissons un cheval
hongre et une jument que nous payons ensemble, fifty / fifty. Le vendeur les
garde 15 jours pour les débourrer et faire saillir la jument dont c'est la
période. Il livre ses 2 pensionnaires dont la maison a été préparée
amoureusement par le Saramaca, les stalles en planches d'angélique de 2 cm
d'épaisseur, choisies par Devilliers - qui avait travaillé à la scierie avant
de se lancer dans la culture -, n'étant pas prêtes à se casser ! Nous étions
allés à la rencontre du transport de chevaux pour aider à calmer les bêtes si
nécessaire mais tout c'est bien passé, Quinette a baptisé le cheval OWEN et la
jument FAUVE pour la couleur de sa robe. Pendant que je conduisais Fauve à sa
chambre, Quinette tenait le cheval par un licou improvisé mais il s'est cabré,
la gamine de 13 ans a eu peur mais n'a pas lâché, la mère - Rachel - a crié,
Devilliers est resté zen et tout est rentré dans l'ordre quand j'ai repris le
cheval prudemment. Quinette aura quelques problèmes avec Owen plutôt du genre
ombrageux comme l'a remarqué le véto qui un jour de monte a fait connaissance
avec les barbelés de la clôture, le cheval prenant ses virages très serrés de
façon que le cavalier laisse un morceau de son pantalon sur le fil de fer du
poteau.
Tous les matins,
avant toutes choses, je traversais par la petite porte de la piscine les 100
mètres du champ pour aller leur ouvrir la porte vers la liberté et c'était mon
plaisir. Mes origines ont parlé, sans doute, parce que j'ai beaucoup apprécié
ce travail d'entretien des chevaux même si mes dons de cavalier ne ce sont
jamais révélés. Et l'après midi où Fauve est venue nous appeler au portillon
pour nous conduire à Owen qui s'était blessé sur un poteau et avait une
entaille de 15 cm à l'intérieur de sa cuisse arrière droite, le véto n'étant
pas joignable, j'ai pris l'aiguille courbe de ma trousse de cordonnier (il faut
tout prévoir en bateau et... en Guyane ) et je lui ai fait, sans anesthésie, un
point de suture avec du fil à voile. Pendant 15 jours, tous les jours je
refaisais le pansement, le cheval parfaitement coopératif, Fauve surveillant, la
tête sur mon épaule ou presque. J'ai su que le cheval était guéri lorsqu'il a
refusé les soins et par la suite je me méfiais quand je rentrais lui donner ses
granulés, il avait la ruade facile.
La dernière phrase de la lettre pour Plibou du 25/6/85 :
je suis
amoureux de ma jument (je l'ai achetée muette !).
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Toujours la publicité, à chaque voyage à Cayenne, et
ils étaient nombreux, tout le matériel et les provisions du départ devaient
venir de là, nous déposions un peu partout nos auto-collants, et nous « fraterniserons » ensuite
avec les dirigeants du camp militaire
de St. Jean et aurons ainsi accès à leur magasin d’intendance ce qui nous
allègera notre avitaillement…

petit chevalet, cartonné, à
poser sur le bureau d’accueil, distribué aux hôtels de Guyane .......
Cette publicité bilingue du CSSC Maroni, comptée
en profits et pertes dans la compta du Carbet comme tous les efforts faits pour
la "base de loisirs", a certainement attiré quelques convives mais la
seule retombée visible a été le passage, sur notre chemin, un après midi, de
St. Laurentais typiques demandant d'un air innocent : il paraît
que l'O.M.S. (office municipal des sports) fait quelque chose ici... Pas de
chance ce n'était pas gratuit ! Par contre Léon Bertrand, le Maire
depuis 1983, qui s'est construit une superbe maison avec piscine 3 fois comme
la nôtre, de l'autre côté de la route, en bordure de Maroni s'achète un cheval
et nous le confie le temps de lui faire une écurie. Je lui donnerai une leçon
avec Quinette comme technicienne mais je ne pense pas que ses exploits
hippiques aient été plus poussés. La vie continue, Rachel ne veux rien entendre
du CSSC.Maroni, les chevaux sont "à Quinette", le restaurant c'est le
sien et je dois m'estimer heureux si j'ai le droit de rédiger les factures au
bar et non dans la maison... Par grosse presse, je donne quand même un coup de
main et un soir, un client avec qui j'échangeais quelques propos me dis : je
vous connais, vous ! Il avait reconnu ma voix, pas l'uniforme puisque c'était
un client du cabinet de Drancy. Le contact avec le client m'a toujours plu et
je ne pense pas que ce soit mauvais dans ces métiers successifs. Ce soir là
j'ai offert la première bouteille de champagne et... ouvert les autres au
sabre.